Au Ladakh, scènes de désastre et de solidarité à l'hôpital fantôme de Leh

0 21.11.2011 09:32

Dans l'allée centrale de l'hôpital de Leh inondé, où l'odeur de moisi prend à la gorge, deux lits de malades gisent abandonnés dans un mètre de boue. Les salles des médecins ressemblent à un marécage. Le silence du lieu est rompu seulement par les étrangers qui déblaient.Huit jours après les inondations exceptionnelles qui ont frappé la région himalayenne du Ladakh, dans le nord de l'Inde, faisant 185 morts et 400 disparus, les gigantesques coulées de boue qui ont dévalé la montagne ont arrêté le temps au sein de l'établissement public de la ville principale du Ladakh.Sur le parking, des gants en plastique de chirurgien jonchent le sol, des dizaines de débris s'entassent, dont du matériel médical. A l'intérieur, c'est un chaos impressionnant: la violence des inondations fut telle que les plafonds ont été maculés de boue.La banque du sang, le laboratoire, la nurserie, la salle des médecins, tout a disparu sous des tonnes d'eau et de terre meuble qui commencent à peine à sécher, et il est quasiment impossible de se frayer un chemin.Pourtant, dans l'une des ailes de l'hôpital fantôme, une dizaine d'Occidentaux s'activent, pelle à la main, tandis que d'autres forment une chaîne humaine pour dégager la boue chargée dans des récipients en terre.Des touristes français, allemands, coréens, américains venus faire du trekking dans la région ont spontanément proposé leurs services pour nettoyer une partie de l'hôpital."Quand j'ai découvert l'ampleur des dégâts, je suis venue ici pour aider. Je ne suis pas pressée de partir", affirme sans cesser son travail Joséphine Penni Stefansson, une Suédoise de 26 ans."Il y a des touristes qui se plaignent de la situation mais quand on voit la situation ici, il ne faut pas se plaindre", juge cette institutrice."Au début, on était une centaine d'étrangers, mais au fil des jours les gens quittent Leh avec la réouverture progressive des routes", regrette-t-elle, même si elle estime qu'"on ne peut forcer personne à rester".Par chance, aucun patient n'est mort lors des inondations."Le bruit de l'orage et des coulées de boue a alerté le personnel qui a pu évacuer la centaine de patients dans un bâtiment neuf attenant", explique le Dr Sonam Angchok. "Ces étrangers nous ont beaucoup aidés. Ils sont vraiment très bien", dit ce radiologue.Certains touristes ont ouvertement critiqué l'inefficacité de l'armée indienne depuis le début de la catastrophe et se sont retroussés les manches pour aider la population affolée.L'Allemande Hanni Schmidt, 19 ans, se rend à l'hôpital tous les matins depuis une semaine. "Nous vidons la boue des pièces et la mettons en pile à l'extérieur. On travaille avec des gens du monde entier, c'est une super sensation", sourit-elle avant de s'arrêter pour le "chai break", l'incontournable pause thé indienne.Les cuisines de l'hôpital ont aussi été inondées et pendant plusieurs jours, les patients ont été privés de nourriture. Alerté, un couple originaire du Royaume-Uni gérant d'une entreprise hôtelière de luxe au Ladakh, décide de mettre ses chefs cuisiniers à leur disposition."Les clients étaient presque tous bloqués dans leurs expéditions, alors on a décidé que les chefs cuisineraient pour le personnel et les patients de l'hôpital, soit 170 personnes", explique Hugo Kimber, patron de Shanki Himalaya.A la sortie de l'hôpital, seul sur son fauteuil roulant dans les débris, un homme pris par l'ambiance de solidarité veut lui aussi aider à nettoyer au plus vite l'établissement. Inlassablement, il gratte le mur d'enceinte embourbé avec une baguette en bois.

 

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