Argentine: un Français et son amie mexicaine disparus sous la dictature identifiés

0 21.11.2011 09:26

Les restes du Français Yves Domergue et de son amie mexicaine Cristina Cialceta, disparus sous la dictature argentine, ont été identifiés après avoir été enterrés pendant 34 ans anonymement dans un village argentin, a annoncé mardi le frère de l'une des victimes."Nous avons retrouvé mon frère et son amie", a dit à l'AFP Eric Domergue, 54 ans, seul membre de la famille à vivre en Argentine. "Ils ont été identifiés. Après 34 ans de malheur, nous sommes soulagés de les retrouver et de savoir qu'ils auront vécu très peu de temps entre les mains de leurs assassins".Un hommage aux victimes doit avoir lieu mercredi au siège du gouvernement en présence de la présidente Cristina Kirchner, de l'ambassadeur de France Jean-Pierre Asvazadourian et d'un représentant de l'ambassade du Mexique."L'hommage est mérité quand on sait qui il a été et quelle a été sa cause. Nous voulons que cela soit utile, qu'Yves représente un instant les 30.000 disparus" de la dictature (1976-1983), a dit, ému, son frère, citant les estimations des organisations des droits de l'Homme.Au total, seulement près de 400 disparus ont été identifiés sur les 30.000 recensés.Yves Domergue est le deuxième Français disparu sous la dictature dont les restes ont été identifiés, après soeur Léonie Duquet. Seize autres Français ont été enlevés entre 1975 et 1978, dont trois avant le coup d'Etat de mars 1976.Yves et Cristina, l'une des deux Mexicaines disparues en Argentine, avaient été enterrés anonymement le 29 septembre 1976 dans le cimetière de Melincué (centre-est), village situé à 340 km au nord-ouest de Buenos Aires.Trois jours plus tôt, Augustin Buitron, propriétaire terrien décédé en 1993, avait retrouvé sur le bas-côté de la route leurs corps brutalisés.Il a fallu toute la persévérance des habitants de Melincué pour les identifier: celle de l'école qui a demandé à une classe de terminale de travailler sur l'affaire, du tribunal et d'un avocat, Rogelio D'Angelo, qui a relancé l'enquête.En novembre 2008, le secrétariat aux droits de l'Homme de la province de Santa Fe a alerté Eric, qui a demandé l'exhumation des corps. Mais il a dû attendre encore une année et demi avant d'apprendre, le 5 mai, que l'un des corps était celui de son frère.Né à Paris en 1954 au sein d'une famille catholique, Yves Domergue était l'aîné de neuf enfants. Ses parents se sont installés en Argentine de 1959 à 1974. Engagé au sein du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), bras politique de l'un des mouvements de guérilla des années 70, Yves a décidé de rester lorsque les siens sont partis.Il se rendait souvent à Rosario, à 310 km au nord de Buenos Aires, où il a rencontré Cristina, née au Mexique en 1956.Elle vivait à Rosario avec sa mère argentine. C'est depuis cette ville qu'il a envoyé en septembre 1976 sa dernière lettre à son frère, rentré de France la même année pour retourner vivre lui aussi en Argentine."Pour me protéger, lui pouvait me joindre mais pas moi. Nous savions comment nous retrouver", explique Eric.Après la disparition de son frère, il a arpenté en vain la rue Sucre à Buenos Aires, où ils avaient l'habitude de se retrouver, en faisant semblant de se croiser par hasard.Son père, Jean, 80 ans, a dénoncé avec courage la disparition de son fils, y compris dans des enceintes internationales. Il a aussi créé l'Association de parents de disparus français.Il n'y avait jamais eu la moindre piste jusqu'ici. "C'était comme s'ils avaient disparu de la face de la terre", disait Eric, avant qu'un fil inespéré ne le mène à Melincué.

 

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