Antraigues, petit village ardéchois, sous le flot continu des fans de Ferrat

0 18.11.2011 09:15

"La tombe de Jean Ferrat ? Vous remontez vers la gendarmerie et c'est à gauche": inlassablement les habitants d'Antraigues-sur-Volane renseignent les centaines d'admirateurs qui viennent chaque jour rendre hommage au chanteur décédé il y a six mois.Depuis sa disparition, le 13 mars, la tombe du cimetière communal où il repose au côté de son frère est devenue un lieu de pèlerinage pour des milliers de touristes et admirateurs venus dans ce petit village ardéchois de 600 habitants se recueillir, prendre une photographie ou déposer une fleur, un texte, un mot.Arrivé à Antraigues en 1964, l'artiste né en région parisienne, s'était définitivement installé en 1973 dans ce village en pierre, perché sur un éperon rocheux dominant une rivière, dans une maison légèrement à l'écart, dont habitants et commerçants taisent jalousement la situation exacte.Ce mardi matin, jour de marché, parvenir à se garer dans la côte qui mène au centre du village relève de la gageure: "Vous avez vu le bazar ?", s'exclame le maire, Michel Pesenti, ami et voisin de Ferrat, désignant la circulation difficile, le flot constant de visiteurs."Je n'ai jamais vu ça. Il y a un millier de personnes qui viennent tous les jours" pour 150 places de parking, estime à vue de nez l'édile, un peu dépassé.Devant le petit lieu de recueillement, face à la tombe, Jean-Luc Poiré et son épouse, originaires d'Amiens, en villégiature dans la région, prennent des photos, en compagnie d'autres visiteurs."C'est la deuxième fois que je viens en deux semaines", explique l'époux, qui a "presque tous les disques" du chanteur. "Je venais régulièrement au village, dans l'espoir de le voir mais, cette année, il y a beaucoup plus de monde", confirme-t-il.A l'heure du déjeuner, donnant sur la place centrale écrasée de soleil, l'hôtel-restaurant La Montagne, du nom de la fameuse chanson de Ferrat, affiche complet, comme tous les autres établissements du village."C'est l'usine, on travaille à fond. Depuis mai, on fait du sept jours sur sept, on a même embauché", raconte le patron, Jérôme Michel, à l'issue d'un service marathon.L'Office du tourisme a reçu deux fois plus de visiteurs en juillet 2010 (1.324 personnes) qu'en 2009 (660 personnes). "Le +public Jean Ferrat+ a toujours existé, mais il est beaucoup plus important depuis sa mort", affirme une employée.Bien qu'habituellement touristique l'été, le site ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour accueillir une telle masse de visiteurs, entraînant des répercussions sur la vie du village."Je devais être livré à 09H00. Le camion n'a pas pu passer, il est revenu à 14H00. Entre-temps, j'ai perdu des ventes", regrette ainsi le jeune boucher-charcutier, installé depuis deux ans.Il souhaiterait, même s'il se félicite de l'augmentation de la fréquentation, qu'on s'occupe "un peu plus des commerçants et un peu moins des touristes".Quant au maire, s'il entend favoriser au maximum l'accueil des visiteurs, en tant qu'"ami de 20 ans" et garant autoproclamé de la mémoire du poète engagé, il se pose en gardien d'un temple auquel il refuse obstinément l'accès aux marchands: "Pas question de voir fleurir les médailles, les t-shirts ou les portraits" à l'effigie du "plus ardéchois des Ardéchois".

 

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