Alice Collet : « Il faut en finir avec les schémas sexistes »

0 21.11.2011 10:07

Conseillère conjugale et familiale, Alice Collet et les salariés et bénévoles du Planning familial voient dans la Journée des femmes, aujourd'hui, un rappel des combats qui restent à mener dans notre société.« Le Maine Libre » : Quel regard portez-vous sur cette Journée internationale des femmes ?Alice Collet : La journée de la femme, ce n’est pas une journée pour décorer. Si cette journée existe et est maintenue depuis autant d’années, c’est pour rappeler les combats qui restent à mener pour les femmes dans notre société, mais aussi pour prendre conscience des avancées.Justement, quelles sont ces avancées ?De nombreuses actions trouvent un soutien politique et institutionnel qui prouve que les femmes sont mieux prises en considération. Il y a par exemple, dans les écoles, de plus en plus de filières masculines qui s’ouvrent aux filles et de filières féminines qui s’ouvrent aux garçons. C’est un progrès. On prend souvent l’exemple des discriminations racistes pour montrer à quel point c’est injuste de fermer l’accès à une filière en fonction du sexe. Imaginerait-on une filière réservée aux Blancs, où l’on refuserait les étudiants noirs ? Il faut en finir avec les schémas sexistes et faire avancer les choses par petits objectifs. Voir ce qu’il est possible de changer pour sortir des ornières du sexisme.Et quels sont ces combats ?La Journée des femmes au Mans, organisée par le collectif du 8 mars dont nous faisons partie, a cette année pour thème « Le partage égalitaire des pouvoirs », dans tous les domaines : associatif, familial, politique, professionnel… Aujourd’hui, les femmes ne sont pas encore au niveau des hommes soit parce qu’on ne leur laisse pas prendre la place ou qu’elles s’autocensurent à cause du poids de la société et de l’éducation.A bas le rose donc ?Pas du tout ! Le féminisme, c’est justement la possibilité de se laisser le choix. Si on aime le rose, qu’on aime le rose, qu’on soit fille ou garçon. De même qu’il ne faut pas empêcher une femme d’aimer faire la cuisine si c’est vraiment son goût. L’important, c’est de faire ses propres choix de vie, ses propres découvertes et non ceux dans lesquels la société nous a conditionnés par l’école, les parents, les magasins, les médias…Et les hommes dans tout ça ?Tout ça n’est pas de la faute des hommes, mais du système patriarcal dans lequel nous évoluons. Il y a des hommes féministes et des femmes machistes. Le sexisme a apporté beaucoup de dévalorisation à la sphère féminine. Il y a aussi de nombreux garçons qui ne se retrouvent pas dans le conditionnement de leurs pères, de leurs grands-pères et qui ont envie de prendre leur place dans la famille, auprès de leurs enfants. Ils doivent affronter le regard de la société. Mettre fin au sexisme, c’est aussi permettre aux hommes d’exprimer leurs émotions et aussi d’être acteurs de la contraception du couple.Quelle attitude adoptent les jeunes ?Les jeunes sont demandeurs pour sortir du sexisme mais c’est un travail long et fastidieux. Au Planning familial, on voit de plus en plus de garçons. Ils ont moins honte, moins de timidité à venir. Nous effectuons un gros travail d’accueil de groupes de collégiens et collégiennes pour leur expliquer ce qu’est le Planning familial.Quelles sont les missions et valeurs que vous défendez ?C’est un lieu d’écoute, anonyme et totalement gratuit, où les mineurs peuvent venir sans autorisation parentale. Nous sommes une quinzaine de bénévoles et dix salariés, dont sept conseillers conjugal et familial. Nous nous mobilisons pour l’accès à la contraception, l’éducation à la sexualité, mais aussi pour dénoncer les choses qui tardent à s’améliorer comme le racisme, l’homophobie et les violences, surtout celles faites aux femmes…C’est d’ailleurs aussi pour ces violences que la Journée de la femme existe.Tout à fait. Concernant les violences sexuelles ou dans le couple, les victimes sont essentiellement des femmes, on le sait. Il faudrait que les hommes non violents prennent la parole pour dénoncer ces violences de manière forte. Mais c’est systématiquement très censuré. Les hommes préfèrent souvent ne pas prendre position. De plus, cette année, nous soutenons plus particulièrement le groupe de paroles Femmes et VIH car on parle peu des femmes séropositives. Il y a un vrai tabou. Alors que dans les relations hétérosexuelles, les femmes sont souvent obligées de se taire, de se cacher, pour ne pas se faire traiter de « putes ». Les femmes sont plus à risques, parce qu’on les a éduquées à se sacrifier et elles acceptent donc souvent « par amour » de ne pas mettre de préservatifs. C’est intolérable. Il faut vraiment que tout cela change. Mouvement français pour le planning familial, 28, place de l’Eperon. Tél. 02-43-24-91-84.« Le partage paritaire des pouvoirs, un atout pour notre société » organisé par le collectif 8 mars, demain de 17 heures à 20 h 30, à l’auditorium du Carré Plantagenêt. Entrée libre.Propos recueillis par Mathilde BELAUD

 

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