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Si j'étais président Les commerçants asphyxiés par les taxes

0 12.04.2012 17:05
Adrien Kéravec et Tiphaine Thobie a repris en juillet 2009 la gérance du bar-tabac-presse-restaurant de Bernay-en-Champagne. Parcours de combattants.

Adrien Kéravec et Tiphaine Thobie a repris en juillet 2009 la gérance du bar-tabac-presse-restaurant de Bernay-en-Champagne. Parcours de combattants.

Photo "Le Maine Libre" - Denis Lambert

La trentaine volontaire et sympa, le couple composé d'Adrien Kéravec et Tiphaine Thobie a repris en juillet 2009 la gérance du bar-tabac-presse-restaurant de Bernay-en-Champagne. Parcours de combattants.
La presse à disposer le matin, le client à accueillir au bar-tabac à partir de 7 heures, les repas à préparer en cuisine pour le déjeuner (11,50 € tout compris avec entrée, plat, salade, fromage, café, vin), les cafés et le houblon l’après-midi, puis, enfin, la fermeture des rideaux à 21 heures. Ou plus si affinités. Au Relais en Champagne, Adrien Kéravec, 30 ans et sa compagne Tiphaine Thobie, 32 ans, ont les traits tirés.

Comme leur budget : « On bosse 80 heures par semaine et on a l’impression que l’on y arrive plus. »

Lui est gérant de l’établissement. Elle est salariée, 25 heures par semaine : « Mais elle en fait 80, comme moi. J’ai embauché aussi Guillaume, un apprenti de 16 ans qui me donne un coup de main en cuisine. Nous avons des clients mais nous n’avons plus de marge. »


« On voit bien que les clients tirent aussi la langue »
Après le coup de feu du « repas ouvrier », Adrien s’accorde une petite pause « thé » dans la salle du resto. Tiphaine sert quelques cafés et surveille les devoirs de Noa, 7 ans, fils du couple.

Adrien reprend : « Le pire, c’est le stress, la peur des factures, du découvert, de ne pas boucler les fins de mois. »
Et puis la colère aussi : « Celle de bosser dans un monde à deux vitesses. D’un côté ceux qui font beaucoup d’argent. De l’autre, nous et beaucoup d’autres, comme nos clients qui, de plus en plus, nous demandent de leur consentir des ardoises. On voudrait bien mais on ne peut pas. Sinon, on coule aussi. »


20 000 euros de bénéfices, 400 euros de salaire
Intéressant Adrien ! Crevé, mais intéressant, comme son parcours. Titulaire d’un BTS, le jeune diplômé, qui a toujours vécu au Mans devient responsable des ressources humaines pour Flunch, en Bretagne. Puis directeur adjoint de « Courtepaille » au Mans : « En 2009, la commune de Bernay cherchait un couple pour reprendre le commerce. Tiphaine et moi, nous avons été retenus parmi cinq autres candidats. L’expérience nous tentait vraiment, le milieu rural, le contact. »
Premières galères avant d’ouvrir : « Nous avions besoin de 15 000 euros pour racheter le stock et réaliser quelques travaux. Les deux banques locales que j’ai contactées ont refusé le prêt. Grâce à la mairie, ma compagne en a obtenu un auprès de la BPO du Mans. Il était temps. On ouvrait 15 jours après. »

Rénové le « Relais en Champagne » relève officiellement le store le 15 juillet 2009. Flonflons, élus, clients : « Nous avons réalisé six premiers mois très encourageants en dégageant 16 000 euros de résultats et une moyenne de 25 couverts. En 2010, nous avons réalisé 20 000 euros de bénéfices avec une baisse des repas à partir d’octobre. »


De Bernay à San Francisco
Problème ? « Sur ces 20 000 euros de résultat, nous en avons reversé 60 %, soit  12 000 euros, au RSI, la sécu des commerçants, plus 3 500 d’impôts. Faîtes les comptes. Il me restait 400 euros pour me payer. »

Adrien n’en veut pas à la terre entière, « mais je suis agacé, fatigué, à fleur de peau, pour ne pas dire révolté. On bosse comme des fous et on nous taxe le peu que l’on gagne. Je ne crois plus du tout aux partis au pouvoir. Ni l’UMP, ni le PS. Cela fait des années qu’ils n’ont rien fait pour nous. Elle nous mine, ma compagne et moi, cette situation. Notre comptable nous a dit que si on passait le printemps, on avait encore une petite chance. »
Tiphaine confirme : « On va se battre. Nous sommes jeunes et nous pouvons nous remettre en cause. »

Le visage d’Adrien s’éclaire : « Notre rêve, parfois, c’est d’ouvrir un établissement à San Francisco, en Californie. »

Pas une maison bleue, non, mais une crêperie.

Jean-Benoit GAYET

 

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