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Si j'étais président Jean-Marc voudrait quitter sa ferme

0 12.04.2012 16:17
Jean-Marc Busson regrette que les candidats ne s'intéressent pas à l'agriculture.

Jean-Marc Busson regrette que les candidats ne s'intéressent pas à l'agriculture.

Photo "Le Maine Libre" - Denis Lambert

Agriculteur à Tresson depuis 30 ans, Jean-Marc Busson, 49 ans, cherche à transmettre son exploitation. Pas facile.
11 heures, ce jeudi, au lieu-dit « les Bois » sur la commune de Tresson (canton de Bouloire). Jean-Marc Busson, souriant célibataire de 49 ans, vient de distribuer du colza aux 70 mères charolaises et aux 35 génisses censées nourrir le patron de cette exploitation de 135 hectares, dont 20 en culture. 30 ans, déjà, que le bilurien manie la fouche dans cette ferme valonnée. Seul : « Mes parents étaient agriculteurs à Coudrecieux et ont habité chez moi jusqu’en 2005. Jusqu’à cette époque, je n’avais pas eu trop de temps pour réfléchir. »


Plus elle a de valeur, plus elle est difficile à transmettre

Le boulot, toujours le boulot. Sept jours sur sept, 365 jours par an : « Quand on est seul, il faut bien rester là pour les bêtes. J’ai commencé en 1981 avec 30 hectares, quelques cochons et quelques vaches. Et puis vous savez, dans ce métier, on vous incite toujours à produire davantage pour vous dire que vous allez gagner plus. Ou simplement survivre, selon le cours du kilo de viande. Mais plus votre exploitation s’agrandit, plus elle prend de valeur. Et plus elle prend de la valeur, plus elle est difficile à transmettre. »
Jean-Marc est bien placé pour le savoir : « Depuis quatre ans, sérieusement, je me suis remis en cause. Je n’avais jamais pris de vacances, jamais de repos. J’ai décidé de transmettre l’exploitation avant qu’il ne soit trop tard pour me remettre en cause. »

Dans la foulée, Jean-Marc passe son permis poids lourd et suit des formations à ses frais pour devenir chauffeur routier. Seul problème : parvenir à vendre « les Bois » : « Je venais de faire un investissement conséquent dans une étable ultramoderne de 2000 m2 »

Bref, l’ensemble de l’exploitation est estimé entre 600 000 et 700 000 euros : « C’est considérable et pour l’instant, quatre ans après avoir pris ma décision de partir, je n’ai toujours pas pu transmettre. C’est dur aujourd’hui, de vendre un tel élevage traditionnel. J’aurais dû faire de la volaille ou des céréales ou hors-sol. Les cours sont plus sûrs. Aujourd’hui je sature, je veux prendre des vacances, du bon temps, voyager un peu. »


« J’ai vendu 16 bêtes pour pouvoir me nourrir »
Condamné à rester parmi ses charolaises, Jean-Marc ?

« Je commence à douter. Que voulez-vous, il faut être solide, voire un peu fou, aujourd’hui, pour choisir ce métier. Tenez, en 2010, j’ai réalisé un chiffre d’affaires de 40 000 euros et j’ai remboursé mes emprunts pour 40 000 euros. C’est clair, non ? Pour nourrir mes vaches et manger moi-même, j’ai dû vendre 16 bêtes et 20 tonnes de blé. Ce n’est pas rentable. En 1981, quand j’ai commencé, je vendais mes bœufs 25 francs du kilo et pour huit francs, on avait un sacré bon bifteck. Aujourd’hui, on m’achète ma viande 3 euros du kilo, 3,50 quand tout va bien alors que le consommateur doit dépenser la même somme pour se payer un bifteck. »


« Les politiques, c’est pas eux qui décident »

La gentillesse naturelle de Jean-Marc s’en prend un petit coup dans l’aile. Le ton devient plus amer :

« Je suis célibataire parcequ’ici, aux Bois, il n’y a pas de revenus pour deux. Les politiques s’en moquent malgré leurs beaux discours. Vous les avez entendus parler de la situation des agriculteurs depuis le début de la campagne ? De toute façon, il vaut mieux qu’ils se taisent. Ils ne peuvent rien faire. Cette crise est mondiale et ni Sarkozy, ni Hollande, ni les autres candidats ne peuvent me garantir des prix décents. C’est la finance qui gouverne le monde, pas les chefs d’État. Nous les petits producteurs, il faut se taire. Se taire et rembourser les emprunts. »
Jean-Marc attend toujours la bonne fée qui va lui reprendre sa ferme : « J’ai tellement envie de tenir un volant de camion et partager quelques moments avec mon amie, au Mans. On a qu’une vie et je vais avoir 50 ans. J’aime bien mes bêtes mais je veux voir autre chose. »

Jean-Benoît Gayet

 

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