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Sarthe Portrait : Bénédicte Ménez, prix 2012 de la Jeune femme scientifique

0 13.01.2013 07:37
Née au Mans, Bénédicte Ménez a commencé ses études universitaires à Rennes. Elle a soutenu sa thèse à Paris où elle est aujourd’hui professeure à l’Université Paris-Diderot et directrice de recherche à l’Institut de physique du Globe.

Née au Mans, Bénédicte Ménez a commencé ses études universitaires à Rennes. Elle a soutenu sa thèse à Paris où elle est aujourd’hui professeure à l’Université Paris-Diderot et directrice de recherche à l’Institut de physique du Globe.

Photo Philippe DOBROWOLSKA

Prix 2012 de la Jeune Femme scientifique, Bénédicte Ménez scrute les roches sous-marines.

Ses échantillons de roches, Bénédicte Ménez aime aller les chercher elle-même. Loin, très loin, jusqu’en Islande, ou bien dans l’Océan Indien ou encore en Nouvelle-Calédonie, dans les eaux du Pacifique.

Loin et en profondeur. Les « cailloux » qui mobilisent son équipe de chercheurs à l’Institut de physique du Globe, à Paris, proviennent de la croûte océanique, parfois plusieurs kilomètres sous la surface de l’eau.

« Nous avons appris à parler le même langage »

Originaire du Mans où elle a vécu jusqu’à son bac, Bénédicte Ménez n’imaginait pas que ses recherches lui vaudraient de décrocher le Prix 2012 de la Jeune Femme scientifique. Une reconnaissance qu’elle reçoit avec d’autant plus d’émotion que le prix porte le nom d’Irène Joliot-Curie : « Une grande dame, à une époque où les femmes n’étaient pas nombreuses dans ces disciplines scientifiques. Et puis le bâtiment où je travaille a été construit autour du petit laboratoire de ses parents, Pierre et Marie Curie. Tout cela a forcément une résonance particulière pour moi. »

Pour elle mais aussi pour les chercheurs avec lesquels elle collabore et pour les futurs chercheurs dont elle dirige les travaux : « Entre scientifiques de spécialités différentes, nous avons appris à parler le même langage. Quand on se met à deux pour avancer, on ne fait pas deux pas, on en fait trois. »

Les serpentines : il y a quelque chose de poétique et de mystérieux dans le nom des roches que Bénédicte Ménez étudie. « Elles doivent leur appellation à leur couleur verdâtre et à leur aspect souple et écailleux. On les trouve dans le manteau terrestre, sous les basaltes de la croûte océanique. »

Ces pierres ne sont pas seulement belles à voir. Leur potentiel et leur histoire en font des « roches incroyables ». Un potentiel énergétique, d’abord : « En s’hydratant au contact de l’eau de mer, elles subissent une réaction chimique qui débouche sur la formation de ces serpentines et la production d’hydrogène, lequel peut se combiner avec du gaz carbonique pour former du méthane. C’est donc un processus qui peut générer de façon naturelle de nouvelles ressources énergétiques. »

Le deuxième intérêt que présentent ces roches sous-marines est d’ordre écologique. Il tient à leur capacité à piéger le gaz carbonique et à le transformer naturellement en carbonates solides, comme ceux qui constituent la craie.

« On en voit dans les Alpes. En somme, la nature convertit du CO2 gaz en CO2 roche. Ce serait une jolie option pour immobiliser et stocker en toute sécurité ce gaz carbonique dont on n’arrive pas à se débarrasser. »

Les serpentines ont un autre mérite encore : elles pourraient renseigner les chercheurs sur la façon dont la vie est apparue sur Terre. Les chercheurs ont en effet découvert que ces roches abritent des niches microbiennes où les micro-organismes se développent loin de la lumière du soleil.

À la manière des détectives, les chercheurs en extraient l’ADN avant de l’analyser. « Très proche de l’ADN primitif, il pourrait permettre de remonter 3,8 milliards d’années en arrière dans les profondeurs du temps et du manteau terrestre. » L’enquête porte également sur les molécules qui ont précédé l’apparition des premières cellules et qui pourraient avoir été formées dans ces roches à partir d’eau, d’hydrogène et de dioxyde de carbone. De quoi donner le vertige… ou l’ambition, au contraire, d’aller plus loin.

À 39 ans, maman de deux filles de 15 et 11 ans, Bénédicte Ménez ne regrette pas en tout cas cette voie qu’elle a choisie au fil de ses études. Adolescente, elle pense plutôt à la médecine. « Un temps, j’ai rêvé de rejoindre Médecins sans frontière. »

À l’inverse de collègues volcanologues dont la passion remonte parfois à l’enfance, son coup de cœur pour la géochimie lui est venu quand elle était en fac. Elle ne s’orientera vers l’imagerie et la spectroscopie, sa spécialité aujourd’hui, qu’au moment de sa thèse. Une vocation tardive dont elle s’excuse presque.

Yves DURAND

 

 

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