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25e Heure du Livre La pouponnière de Ravensbrück

0 08.10.2013 21:19
Fanny Dion

Fanny Dion

"Quand elle retournera dans cette classe au lycée, Mila dira exactement cela : il faut des historiens pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent".

Fresnes, Romainville, Ravensbrück. Au lendemain de sa nuit passée avec un membre du réseau, le destin de Mila bascule. Arrestation, convois, la jeune musicienne qui codait les messages de la Résistance sur des partitions rejoint les 35 000 déportées d’un camp dont elle ignorait l’existence. Arrivée à Ravensbrück, elle découvre qu’elle est enceinte.

Brosse à dents autour du cou, gamelle à la ceinture, rongée par la crasse, la faim, les infections, Mila apprend les rites de Ravensbrück où vivre devient une œuvre collective, une résistance de chaque instant. "Le présent te sauve de l’idée du pire" prévient une détenue.

L’œuvre de Valentine Goby arpente depuis longtemps le territoire du corps meurtri, contraint, les vides de l’absence. Avec "Kinderzimmer", son motif creuse l’extrême avec sobriété.

Mila, Lisette, Georgette, Teresa, Louise, chœur de suppliciées, sont autant de voix accordées à une multitude souffrante. Chacune incarne une parcelle d’une force organique compacte.

Chaque scène sonne juste, tant la langue dépouillée habite ce roman où l’espoir côtoie l’inhumain. On entend les ordres aboyés dont le mécanique "Zu fünf !", on voit les femmes exsangues plantées comme des piquets par -20° pour l’interminable appel quotidien, la beauté douloureuse d’un lac inaccessible, on sent la peur permanente anesthésiée par la volonté de survivre, l’effroi muet. Cette énergie tenace pousse les femmes à braver la mort chaque jour pour une broutille essentielle, à donner la vie parfois, comme Mila découvrant la "Kinderzimmer », pouponnière incongrue. Au pire de la détresse, Valentine Goby laisse passe un filet d’espoir. Une lumière fragile contre la nuit.

Frédérique Bréhaut

« Kinderzimmer » de Valentine Goby. Actes Sud. Stand Le Passage.

 
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