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25e Heure du Livre La dernière des Mulongo

0 08.10.2013 21:10
Photo Doris Lê

Photo Doris Lê

Depuis "L'intérieur de la nuit", la voix puissante de Léonora Miano relie l'Afrique subsaharienne avec une partie cruciale de son histoire.

Telle l'archéologue d'une Afrique à laquelle certains dénient un socle ("L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire" proclamait un certain discours de Dakar), Léonora Miano met au jour les identités brouillées par les chaos de l'histoire, écoute les douleurs des laissés pour compte, des déracinés, des arrachés à leurs terres.

Son nouveau roman dresse une armée des ombres née des premiers rapts de la traite négrière. Les Mulongo ne voient pas ce qui se trame aux frontières de leur territoire. Quand la razzia effectuée une nuit par leurs voisins subtilise une douzaine d'hommes, ils ne peuvent imaginer qu'au loin, sur la côte, des bateaux commandés par des "pieds de poule" entament une noria qui décimera cette partie du continent. Seules les femmes du village auxquelles l'attaque nocturne a arraché fils et maris ont le pressentiment d'un acte plus fondamental.

Léonora Miano s'arrête sur ce surplomb de l'histoire, aux prémisses de la colonisation. On ne craint pas ce que l'on ignore et les Mulongo, habitués à des relations peu ou prou pacifiques avec les communautés voisines ne peuvent concevoir que ces dernières sont devenues le bras armé de puissances lointaines.

Léonora Miano a calmé sa violence et son propos n'en prend que plus de force. Son récit, dominé comme souvent par la voix de femmes rebelles, raconte la stupeur de l'arrachement, l'incompréhension première face à l'inconcevable: que des êtres puissent en vendre d'autres comme n'importe quel gibier. 

Ebusi, Eyabe, Ebeise, Eleke, composent le choeur antique d'une tragédie, choeur poignant de sobriété et de sensibilité. Et pourtant, quelle force, quel souffle, dans ce roman. "Les ancêtres sont là, ils ne sont pas enfermés. Ils ont conçu un monde. Tel est leur legs le plus précieux. L'obligation d'inventer pour survivre". Léonora Miano fore les ténèbres pour rendre vie à une histoire enfermée dans le silence depuis des siècles.  

Frédérique Bréhaut

"La saison de l'ombre" par Léonora Miano. Grasset. Stand Thuard 

 
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