La Pincenardière, ce mercredi. Un fin crachin s’abat sur la petite grappe de supporters venue juger de l’état du moral des troupes de Denis Zanko. Mais inutile de chercher des mines défaites. L’annonce de la suspension des salaires, validant les inquiétudes des derniers mois, n’est pas perceptible à l’œil nu.
Au sein du groupe professionnel, c’est l’union sacrée. Sourires échangés, plaisanteries en tous genres : les joueurs ne veulent pas plus entendre parler de crise pendant la séance qu’après. Quand certains comme Zito jouent les candides (« je ne suis pas au courant »), d’autres reconnaissent la visite improvisée de leur président, mardi midi, sans se disperser pour autant : « Notre domaine, c’est le terrain. À nous de faire le nécessaire pour sauver le club sportivement », lance Amara Baby, peu préoccupé par l’avenir à court terme.
Un déficit abyssal
Un discours bien rodé qui cadre avec l’euphorie du sursis accordé par la DNCG jeudi 28 février. Mais bien loin de la réalité du moment. Car la situation s’est considérablement dégradée depuis l’été dernier. Le Mans FC est aujourd’hui un club aux abois qui accuse un déficit abyssal. Les mois ont passé sans que le chiffre varie véritablement. Entre 7 et 7,5 millions d’euros (M€). Si bien que le gouffre du Mans FC se creuse à une vitesse exponentielle.
Le président Legarda peut bien faire valoir qu’il a su trouver 3 M€ en l’espace d’un mois, cette somme n’en demeure pas moins virtuelle. Jérôme Ducros a bien proposé 1,5 M€ pour renflouer les caisses du club mais le président de l’US Luzenac a mis son offre de partenariat sous condition que d’autres investisseurs l’accompagnent à hauteur de son apport. Tout comme la municipalité du Mans ne rachètera les locaux de la Pincenardière (pour 1,6 M€) qu’à condition de le voir échapper à la relégation.
Autant dire qu’à ce jour Le Mans FC n’a que de l’argent virtuel à présenter au gendarme financier du football. Rien de très rassurant à moins de quatre mois de son examen final. Seulement, le club a franchi mardi une nouvelle étape dans sa descente aux enfers. Après qu’il lui soit devenu impossible d’honorer les factures de ses créanciers depuis de longs mois ou simplement d’acquitter son loyer du MMArena (600 000 € annuels), l’annonce de mardi sonne comme un aveu d’impuissance.
La situation financière du club est devenue si intenable que l’employeur ne peut plus payer ses salariés (les charges salariales avoisinent les 500 000 €). Au-delà de la détresse humaine qui en découle, c’est bien la question de la survie du Mans FC qui est posée. Le club d’Henri Legarda, qui se trouve aujourd’hui en cessation de paiement, au moins dans les faits, ne dispose plus que de quatre mois pour redresser le navire. Pour éviter le dépôt de bilan, ses jours sont comptés…
David BERTHELEM


