Egypte: Moubarak reste jusqu'en septembre, la foule veut son départ immédiat

0 21.11.2011 14:16

Le président égyptien Hosni Moubarak a annoncé mardi qu'il resterait au pouvoir jusqu'à la présidentielle de septembre, malgré une manifestation de plus d'un million de personnes réclamant son départ sans délai au huitième jour d'une contestation sans précédent contre son régime. L'annonce de M. Moubarak a été aussitôt rejetée par les milliers de manifestants rassemblées, malgré le couvre-feu, dans le centre du Caire, qui ont réclamé son départ immédiat."Le président est très têtu, mais nous sommes plus têtus que lui. Nous ne quitterons pas la place" Tahrir (Libération), épicentre de la mobilisation au Caire, a déclaré un leader de la contestation dans un haut-parleur.Le président américain Barack Obama devait s'exprimer sur la situation en Egypte le soir, après une déclaration d'un haut responsable américain jugeant l'annonce de Moubarak "importante", mais soulignant qu'elle pourrait ne pas suffire à satisfaire les manifestants.M. Moubarak, 82 ans, au pouvoir depuis 29 ans, s'est engagé dans un discours télévisé à préparer lors des huit mois de mandat qui lui restent une transition pacifique, notamment en modifiant la Constitution afin de faciliter les candidatures pour la présidentielle."Je le dis en toute sincérité, et sans tenir compte de la situation actuelle, je ne comptais pas me présenter à un nouveau mandat présidentiel", a déclaré M. Moubarak, qui en est à son cinquième mandat de six ans. "J'ai passé assez de temps à servir l'Egypte et son peuple"."Ce pays, j'y ai vécu, j'ai fait la guerre pour lui, et l'histoire me jugera", a-t-il ajouté. L'Egypte est "la nation que j'ai défendue et dans laquelle je vais mourir"."Ma première responsabilité maintenant est de ramener la sécurité et la stabilité à la patrie pour assurer la transition pacifique du pouvoir", a-t-il poursuivi, en accusant "certaines forces politiques d'avoir cherché l'escalade et attisé le feu lors des manifestations".M. Moubarak a appelé le Parlement à "débattre d'un amendement aux articles 76 et 77 de la Constitution pour changer les conditions de la candidature à la présidentielle et limiter les mandats".Selon le New York Times, M. Obama a demandé à M. Moubarak de ne pas se présenter à la prochaine présidentielle, dans un message transmis par un diplomate américain qui s'est rendu au Caire.De son côté, l'ambassadrice des Etats-Unis Margaret Scobey s'est entretenue au téléphone avec Mohamed ElBaradei, la figure la plus en vue de l'opposition, qui a appelé M. Moubarak à partir "au plus tard vendredi".Dans la journée plus d'un million d'Egyptiens ont envahi les rues à travers le pays, selon les services de sécurité, la plus importante mobilisation depuis le début le 25 janvier de la contestation qui a fait au moins 300 morts selon un bilan non confirmé de l'ONU, et des milliers de blessés.Accusant M. Moubarak d'être responsable des maux du pays -pauvreté, chômage, violation des libertés, corruption et verrouillage politique, les manifestants ont défilé sans heurts, dans une ambiance souvent festive, l'armée s'étant engagé à ne pas utiliser la force contre eux.Au Caire, la place Tahrir a été prise d'assaut par une marée humaine. L'atmosphère y était festive, les manifestants dansant et chantant en conspuant le président. Au moins 500.000 personnes se sont rassemblées dans la capitale, d'après la sécurité. Les défilés se sont étendus à de nombreuses autres villes.En soirée, la foule s'est dispersée, mais de petits groupes se préparaient à y passer la nuit sous les tentes malgré le couvre-feu en vigueur dans la capitale ainsi qu'à Alexandrie et Suez, de 15H00 (13H00 GMT) à 08H00 (06H00 GMT)."On ne partira que lorsque Moubarak partira!" scandait un groupe d'hommes.L'armée a fermé les accès à la capitale et à d'autres villes, et des hélicoptères survolent régulièrement le centre du Caire. Le trafic ferroviaire a été interrompu.Pour mobiliser les manifestants, les groupes issus de la société civile, soutenus par M. ElBaradei, une partie de l'opposition laïque et les Frères musulmans, force d'opposition la plus influente, ont compté sur le bouche à oreille, Internet restant bloqué et le service de messagerie mobile perturbé.Après une semaine de protestations, les contrecoups économiques de la révolte se font sentir. Les touristes, l'une des principales sources de revenus pour l'Egypte, ont renoncé à venir, et les étrangers prennent la fuite.Washington a ordonné le départ du personnel non essentiel de son ambassade, et de nombreux Etats continuent de dépêcher des avions pour rapatrier leurs ressortissants. La plupart des voyagistes européens ont annulé les séjours jusqu'à la mi-février.Banques et Bourse sont restées fermées, alors le carburant manquait en de nombreux endroits et les Egyptiens faisaient leurs provisions. Néanmoins plusieurs banques publiques vont alimenter leurs distributeurs automatiques et prendre les mesures nécessaires pour payer les salaires des employés du secteur public mercredi, selon l'agence officielle Mena.Après Moody's, l'agence de notation Standard and Poor's a abaissé d'un cran la note de l'Egypte. L'Unesco a réclamé des mesures pour protéger "les trésors" d'Egypte.

 

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