Egypte : ElBaradei promet "une ère nouvelle" aux manifestants

0 21.11.2011 14:17

Mohamed ElBaradei, désigné dimanche par l'opposition égyptienne pour "négocier" avec le régime du président Hosni Moubarak après six jours de révolte, est allé au-devant des manifestants au Caire en promettant "une ère nouvelle". Malgré les nominations annoncées samedi par le président, et les violences qui ont fait au moins 125 morts et des milliers de blessés depuis mardi, la mobilisation ne semblait pas faiblir.Le gouvernement égyptien s'est montré ferme dimanche soir, ordonnant à la police de retourner dans les rues du pays, qu'elle avait subitement désertées vendredi, cependant que le couvre-feu en vigueur au Caire, à Suez et Alexandrie a été prolongé d'une heure, de 15H00 (13H00 GMT) à 08H00 (06H00 GMT).Les Etats-Unis ont plaidé pour une "transition". Le président Barack Obama a appelé à "transition vers un gouvernement répondant aux aspirations" des Egyptiens. La secrétaire d'Etat Hillary Clinton a encouragé M. Moubarak à faciliter "une transition en bon ordre", tout en assurant qu'il n'était pas question de suspendre l'aide à l'Egypte, principal allié des Etats-Unis dans le monde arabe.Le pays est "au début d'une ère nouvelle", a affirmé M. ElBaradei dans la soirée, en s'adressant par haut-parleur aux milliers de manifestants réunis place Tahrir, dans le centre de la capitale, malgré le couvre-feu."Je vous demande de patienter, le changement arrive", a-t-il déclaré aux manifestants qui scandaient : "Le peuple veut la chute du président !".Cernée par les chars, la place Tahrir, "place de la Libération", vit depuis mardi au rythme d'une contestation sans pareil depuis l'arrivée de M. Moubarak en 1981. Sur le sol, les manifestants ont peint ces mots en énormes carctères : "Va-t-en, espèce de lâche, agent des Américains !".La chaîne satellitaire al-Jazira, qui fait trembler certains gouvernements arabes par sa couverture des protestations, a été interdite dimanche en Egypte, une "violation du droit à l'information", a déploré Human Rights Watch.Dans la matinée, le président a visité le centre opérationnel de l'armée, au lendemain de la nomination d'un vice-président, le premier en 30 ans, le chef des Renseignements Omar Souleimane, et d'un nouveau Premier ministre, Ahmad Chafic.Malgré ces changements, la Coalition nationale pour le changement, groupement de plusieurs formations d'opposition, dont les Frères musulmans, a chargé M. ElBaradei, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), de "négocier avec le pouvoir".Le président de l'Assemblée, Fathi Sorour, a annoncé que les résultats des élections législatives de fin 2010 seraient bientôt "corrigés". Le scrutin avait été boycotté par les principales forces d'opposition, qui avaient dénoncé des fraudes.Dans la nuit de samedi à dimanche, des milliers de détenus se sont par ailleurs échappés après des émeutes dans plusieurs prisons. L'armée a annoncé l'arrestation de plus de 3.000 évadés et de fauteurs de troubles.Dimanche, la protestation paralysait en partie le pays : de nombreux distributeurs de billets étaient vides, les banques et la Bourse, qui a enregistré de fortes baisses mercredi et jeudi avant le congé hebdomadaire, sont restées fermées.Après de nombreux pillages au Caire, des comités de citoyens armés de fusils ou de gourdins surveillaient les quartiers de cette métropole de 20 millions d'habitants, où la police recommençait à patrouiller dimanche, selon l'agence Mena.La révolte, qui a commencé le 25 janvier, onze jours après la fuite de l'ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali sous la pression de la rue, continuait à susciter l'inquiétude. L'ambassade des Etats-Unis au Caire a annoncé qu'elle allait évacuer ses ressortissants à partir de lundi.De nombreux voyagistes ont suspendu les départs des vacanciers, au plus fort de la saison touristique. L'Arabie saoudite, la Libye, le Liban, l'Inde, la Grèce, la Turquie, l'Irak et l'Azerbaïdjan, dont un citoyen, employé de l'ambassade, a été tué samedi au Caire, ont dépêché des avions pour assurer le rapatriement de leurs ressortissants.A l'aéroport du Caire, la confusion régnait, des hordes de touristes, d'expatriés et d'Egyptiens angoissés tentant à tout prix de quitter le pays.L'acteur égyptien Omar Sharif, actuellement au Caire, s'est dit "solidaire du peuple" égyptien.En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que son pays voulait préserver la paix avec l'Egypte, seul pays arabe avec la Jordanie à avoir signé un traité de paix avec l'Etat hébreu.Le mouvement Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a annoncé la fermeture du terminal de Rafah, à la frontière avec l'Egypte, provoquant des craintes de pénuries dans le territoire palestinien.Au Soudan, des milliers d'étudiants ont bravé les forces de sécurité pour manifester, sur le modèle de l'Egypte. Et des manifestations de soutien ont eu lieu devant plusieurs ambassades d'Egypte, notamment à Amman et Beyrouth.

 

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