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25e Heure du Livre Alice Zeniter, un roman au point de Hongrie

0 09.10.2013 14:04
Philippe Dobrowolska

Philippe Dobrowolska

Trois générations de Mandy partagent la maison de bois construite au bord de la voie ferrée de la gare Nyugati à Budapest. Il y a le grand-père, qui se saoule chaque 2 mai, jour anniversaire du décès de sa femme "morte d'un excès de communisme"; Pal, son fils silencieux, veuf depuis que Ildiko a été écrasée par un train en rentrant de son travail au guichet de la gare, et Imre, le petit-fils, en attente de quelque chose de nouveau avec la chute du Mur. Si possible, une blonde Américaine car «se taper des Californiennes était la seule revanche valable sur l’Histoire après plus de quarante ans d’occupation russe» assure Zsolt, le meilleur ami d'Imre.

A partir de cette maison, posée comme un îlot au milieu du fleuve de l'histoire hongroise, Alice Zeniter traverse cinquante années d'une nation écrasée par le destin. Loin de ses splendeurs très Mitteleuropa effacées par la première guerre mondiale, la Hongrie peine à retrouver son identité. "Lorsque je suis arrivée à Budapest, j'ai vu une capitale européenne comme les autres, sans grand exotisme. Or, plus on reste en Hongrie, plus on comprend son étrangeté. Ni Slaves, ni Autrichiens, ni Latins, les Hongrois avec leurs identités multiples affichent un nationalisme à la fois suraigu et abstrait" analyse la jeune romancière.

En quête de cet exotisme fantasmé, Kerstin, l'épouse d'Imre, sera déçue. La jeune ex allemande de l'Ouest venue chercher les traces de poussière du régime soviétique tombé avec le mur, se sent trahie par le désir des Hongrois de se conformer à la vie occidentale. Mieux vaut la réalité qu'une pâle copie et Kerstin finit par quitter Imre pour rentrer au pays.

Le rideau de fer est tombé mais au bord des rails, la chanson triste des Mandy poursuit son refrain. Aucune femme de la famille n'a été heureuse. La grand-mère s'est suicidée en avalant un poireau, la mère d'Imre est morte sans avoir connu le tant espéré guichet international à la gare Nyugati et le sort frappe aussi Agi, la jolie soeur d'Imre, trahie par son amoureux français.

L'histoire de la Hongrie passe devant la porte des Mandy comme les trains. Le grand-père invalide depuis que la main de Staline lui a brisé la jambe lors du déboulonnage de la statue colossale, garde le silence sur des secrets douloureux enfermés depuis la guerre. Obstiné, il ratisse les bouteilles de plastique et déchets divers balancés par les passagers dans le pauvre jardin.

On pourrait bâtir un roman larmoyant avec moins que cela.  Pourtant, Alice Zeniter éclaire ces désespoirs absolus de touches légères, petites lumières dansantes accrochées au gris de la maison de bois. De ses trois années en Hongrie, la jeune femme a ramené un roman ample, porté par un sens aigu de l'image. Tout un monde défile au gré de scènes qui mêlent étroitement espoirs déçus, malentendus et culpabilité. Il ressort de "Sombre dimanche" une admirable mélancolie, tenace comme une chanson triste, et enivrante comme les bouteilles de palinka à l'abricot.

Frédérique Bréhaut

 Sombre dimanche" d'Alice Zeniter. Albin Michel. 284 pages. 19 €.

 

 

 

 

 

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