"Le Maine Libre" : Quel est le rôle du directeur de course pendant les 24 Heures du Mans ?
Le départ et l’arrivée de la course sont les moments les plus visibles. Ma tâche commence avec la responsabilité des vérifications techniques et administratives lors des essais préliminaires puis du pesage.
Autour des cinq commissaires sportifs, du président de l’ACO et de moi-même, le cérémonial commence sur la formule rituelle « Le meeting est ouvert ».
Qui peut piloter aux 24 Heures du Mans ?
Les pilotes détenteurs de la licence B internationale et ceux qui figurent sur la liste des qualifiés. C’est-à-dire ceux qui ont disputé les 24 Heures depuis moins de trois ans ou qui ont accompli au moins dix tours dans les temps lors de la journée test. Les protos exigent une parfaite condition physique. Il faut s’appeler Dindo Capello pour encaisser à 48 ans les jets de la Audi.
Quel est votre premier rendez-vous « sérieux » de la semaine ?
Le briefing des pilotes le mardi matin à 11 heures. La première fois, face à quelque 160 bonshommes en face de moi, dont de fortes personnalités, je n’en menais pas large ! Je me souviens d’Emanuele Pirro qui posait toujours la première question. Puis, au fil des années, je me suis détendu. Je connaissais la plupart d’entre eux et l’échange était plus cordial.
Une fois, à Franck Montagny, un peu arrogant du fond de la salle qui m’interrogeait sur les conditions d’intervention du safety-car j’avais répondu « comme en F1 ! », discipline qu’il rêvait de rejoindre. Un peu d’humour, ça calme….
Vous avez aussi la responsabilité des commissaires de piste...
Ils sont 1 700 bénévoles, dont environ 200 qui viennent au briefing le mercredi après-midi avant la première séance d’essai, mais encore le samedi matin à 7 heures au karting. On se sent un peu comme le général d’une armée. Après douze années d’exercice, j’aime laisser leur responsabilité aux 50 chefs de poste. Ils sont expérimentés et connaissent leur travail. Lorsqu’on dit du GP de Monaco qu’il a les meilleurs commissaires du monde, ça me fait rire. La plupart viennent du Mans !
Au bout de ces années, l’émotion du départ est-elle toujours aussi intense ?
Face aux 55 voitures (selon les éditions) et aux tribunes bondées je ressentirai toujours ce frisson. Bien sûr il y a le stress, car il ne faut pas se louper. C’est quand même une sacrée mise en scène ! Quant à l’arrivée, en 2003 j’ai changé les habitudes. Marcel Martin mon prédécesseur abaissait le drapeau à damiers depuis la passerelle. J’ai choisi de descendre sur la piste pour partager l’émotion des pilotes qu’ils aient ou non gagné. Surtout en GT, certains ont les larmes aux yeux lorsqu’ils passent sous le drapeau à damiers.
Comment vivez-vous la course ?
Avec le souci permanent de la sécurité. Les commissaires sont mes yeux et mes bras sans oublier que maintenant, tout le circuit est balayé par les caméras. Chaque édition des 24 Heures est unique. L’accident d’Allan Mc Nish l’an dernier le prouve. Personne n’est jamais sorti à cet endroit. Ça rend humble ! Au fil des heures, on apprend à « sentir » la course sur le plan sportif, à comprendre les stratégies. Le directeur devient un peu comme le chef d’un orchestre symphonique qui perçoit chaque musicien.
Où êtes-vous après l’arrivée ?
Après la validation des résultats avec les commissaires sportifs, j’aime faire un tour de paddock chez les gagnants comme chez les perdants. À ce moment-là, je peux m’autoriser une coupe de champagne !
Propos recueillis par Frédérique BRÉHAUT


