Abusée par son père, elle le défend devant les assises

0 18.11.2011 09:45

« J’ai dit un secret à mon frère. Il ne m’a pas respectée. Je lui en veux, j’en ai marre. » Devant la cour et les jurés, Adeline (1), 27 ans, tremble comme une feuille. Pleure à chaudes larmes. Se met en colère. Et elle l’annonce au président Roucous : « Je ne parlerai d’aucun acte sexuel. Ça ne regarde que moi ! » Remise à l’heure des pendules immédiate du magistrat : « Non, cela ne regarde pas que vous, mais la loi, la société, et la justice. » Adeline hausse le ton, choisit la provocation comme blindage : « Je n’ai jamais été dans le refus, et j’ai toujours pris mon pied avec lui si vous voulez savoir. »Depuis le début de la procédure, celle qui est aujourd’hui la jolie maman d’une petite fille, a refusé d’endosser le costume de la victime. Hier d’ailleurs, elle ne s’est pas constituée partie civile aux assises. Du rarement vu. Seulement, petit à petit, elle a fini par redire ce qu’elle avait déclaré lors de ses auditions : oui, elle a bien été violée.« J’ai rompu ma promesse »Plusieurs fois, entre 6 et 17 ans, par Jean-Claude, son père. Lorsqu’il devient nécessaire d’obtenir des aveux de la part d’une victime pour espérer que l’accusé livre les siens, c’est un peu le monde à l’envers. Seulement, dans cette affaire sordide, il ressort un contexte particulier : celui d’une famille où le père s’est érigé en maître absolu. D’une manière ou d’une autre, il est question d’une emprise, de laquelle un seul des enfants de Jean-Claude a su se défaire : l’aîné, qui a alerté la justice quand Adeline lui a tout dit, en février 2008. « J’avais promis de ne rien dire. J’ai tenu un an », explique-t-il à la barre. « Mais moi, j’ai une fille, et j’ai appris qu’il avait fait d’autres victimes. J’ai rompu ma promesse. » Et Adeline ne l’a pas accepté. Un autre de ses frères non plus. La famille a volé en éclats. Personne ne parle plus à personne. « Il y a deux clans », analyse l’un des fils. « Moi, je suis toujours proche de lui, et je le resterai. » Il va le voir en prison. Adeline lui écrit. Jean-Claude lui répond qu’il l’aime.Il risque 20 ansDes mots attendrissant à foison dans des courriers qui selon l’expert n’ont qu’un but : « La remise en place d’une emprise sur sa fille. » Cette emprise palpable hier, étouffante même. Une main sur la hanche, la tête haute, Jean-Claude, ventripotent, a le verbe haut. Quand il fixe ses enfants qui s’expriment, leurs visages se crispent, comme un réflexe. Il a beau être désormais inoffensif, le gros bonhomme de 64 ans en impose toujours. Les experts ont vu en lui une bonne dose de narcissisme, de l’égocentrisme, de la perversité aussi. Peut-être pourrions-nous y ajouter un don à manipuler. Adeline est en tout cas convaincue d’être la fautive de cette sale histoire : « Il est en prison, par ma faute, et moi, dans ma tête, j’y suis aussi », a-t-elle sangloté.Déjà condamné pour le viol d’une femme de 19 ans en 1973, puis récemment pour des violences conjugales, Jean-Claude, qui reconnaît des attouchements sur Adeline, mais pas les viols, risque 20 ans de prison. Cet ancien employé des MMA, ancien arbitre de basket, connaîtra son sort en fin de journée.Nicolas FERNAND(1) Prénom d’emprunt

 

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